mercredi 7 janvier 2009 | Paiement en ligne | Aller vers SPPSLine
Retrouvez et commentez nos billets d'humeur et articles en ligne
Construction de réseau, rédaction et relecture de contrats, tous contentieux relatifs à la franchise
Construction, urbanisme, baux et copropriété : notre équipe met son expérience à votre disposition
Responsabilité des professionnels de santé, établissements de soin, contrats d'exercice, sociétés d'exercice professionnel, recours CPAM URSSAF, régimes matrimoniaux
Divorce, régimes matrimoniaux, garde des enfants, pension alimentaire, prestation compensatoire
Accidents de circulation, accidents médicaux, risques de la vie quotidienne, liquidation de dommages-intérêts
Social, Licenciement, contrat de travail, vie de l'entreprise, élections professionnelles, conflits collectifs, salariés protégés, conventions collectives
Responsabilité des avocats, notaires, huissiers, experts-comptables, médecins .. Liste non limitative
Infractions liées à l'exercice professionnel, faute caractérisée, délégation de pouvoir, sanctions encourues, infractions liées au droit du travail, au droit de la concurrence, harcèlement moral ou sexuel, discrimination, délit d'entrave
Décisions récentes et pratiques : à consommer sans modération!
Sujet important lorsqu'on souhaite engager une procédure: n'hésitez pas à nous appeler pour plus d'informations

Tableau de Tischine "La Parole"

SPPS BLOGLine

   


Notre blog regroupe les billets d'humeur ainsi que d'autre réactions à chaud sur l'actualité juridique ou l'actualité tout court. Une façon de nous découvrir un peu, d'échanger, de créer du lien et de montrer qu'on n'est pas tout seul à se poser des questions idiotes. Vos contributions seront mises en ligne si elles passent l'épreuve du baillomètre du comité de rédaction (!)
__________________________________________________________________

 

Derniers articles

Suspension de note2be : la liberté d'expression survivra!
Responsabilité professionnelle : un développement préoccupant
Les effets juridiques de la perte de chance
Le temps passe (inaperçu) de plus en plus vite
La courte histoire d'un contrat de travail
Bloguez, bloguez..
Cette insupportable violence
On vit une époque formidable!
Le choix de la musique d'attente
Le règne despotique du simili-contrat 

________________________________________________________________________________________


Samedi 15 mars 2008

Suspension du site note2be.com
La liberté d’expression s’en remettra très bien

Le site www.note2be.com se proposait de réaliser le rêve supposé des élèves : noter les professeurs dans le but à peine caché de leur faire connaître à leur tour les affres de la moyenne et de ses degrés inférieurs, commenter cette notation sur un forum ouvert à tous les internautes enregistrés et fournir ainsi un pilori – exécutoire d’un nouveau genre.

La société éditrice – à forme commerciale - réservait sur la page d’accueil un emplacement d’une taille inhabituelle aux annonces publicitaires. Le projet était ainsi ficelé : la notation des professeurs devait générer un trafic important et des ressources publicitaires en rapport. Le respect de la liberté d’expression et l’honnêteté de mœurs étant des affirmations gratuites – dans tous les sens du terme – note2be en tartinait sa communication pour justifier sa démarche.

Nous parlons pour l’instant de ce site à l’imparfait puisque par ordonnance du 3 mars 2008, le Président du Tribunal de Grande Instance de Paris, statuant en référé a interdit au site www.note2be.com de collecter et de mettre en ligne les patronymes des enseignants. Il lui a par ailleurs imposé de modérer a priori le forum des internautes de façon à filtrer tout contenu susceptible de porter atteinte à ces mêmes enseignants.

L’éditeur a obtempéré tout en laissant en ligne la notation des établissements.

La CNIL, compte tenu de cette ordonnance, n’a pas fait usage de son pouvoir de sanction. Dans un communiqué du 6 mars 2008 la Commission relève toutefois que la notation n’offre aucun caractère de fiabilité, que le recueil d’informations sur les enseignants s’est fait sans leur consentement et qu’enfin les informations en ligne portent atteinte à l’intimité de la vie privée.

A peine la décision connue, le gérant de la société éditrice annonce solennellement qu’il en interjette appel puisqu’il se considère comme une victime de l’obscurantisme XIXème des enseignants et des juges (il l’a moins bien exprimé, mais c’est ce qu’il voulait dire nous semble-t-il). Il rappelle qu’un site comme le sien pourrait être hébergé hors des frontières de France ce qui le rendrait alors intouchable.

Nonobstant la décision de justice, le problème reste entier. Une ordonnance de référé, par définition, ne tranche pas définitivement un problème juridique. La Cour d’Appel de Paris va de toute façon statuer à nouveau. D’autres sites peuvent éclore à tout moment et être effectivement hébergés dans des pays lointains, difficile d’accès sur le plan juridique ou dotés d’une législation compréhensive.

Tentons de participer au débat, non seulement en juriste mais aussi en avocat intervenant au quotidien au soutien des enseignants dans les procédures auxquelles ils peuvent être confrontés au titre d’une activité professionnelle qui est de moins en moins simple. A-t-on porté atteinte à leurs droits ? Doit-on, en toutes circonstances et quel que soit le sujet, faire prévaloir la liberté d’expression ?

Un site au fonctionnement nécessairement critiquable

Il est toujours délicat de porter atteinte au principe de liberté d’expression et l’ordonnance de référé du 3 mars ne suspend pas la mise en ligne du site dans son intégralité. Le magistrat s’est efforcé de limiter les « zones d’interdiction » pour sauvegarder les droits des enseignants tout en laissant note2be.com mettre librement en ligne des informations qui ne contreviennent ni à l’ordre public ni aux bonnes mœurs.

Sans même qu’il soit besoin de s’interroger sur la légitimité du principe de notation lui-même, nous pensons que la décision prise est parfaitement justifiée.

Note2be.com met en ligne les noms et prénoms des enseignants de l’ensemble des établissements scolaires français, eux-mêmes identifiés par leur adresse postale. Il accole au nom de chaque professeur une note moyenne établie sur plusieurs critères (intéressant, clair, disponible, équitable, respecté, motivé), sensés couvrir tous les aspects de sa personnalité et de sa manière d’enseigner.

N’importe qui peut s’inscrire sur le site et noter un ou plusieurs professeurs. Le « pitch » du site est pourtant « note tes professeurs ». C’est là qu’est le vice originel et l’information trompeuse : les notes attribuées sont très peu crédibles : elles peuvent avoir été enregistrées par un voisin irascible, un collègue jaloux, un adversaire malheureux au jeu en amour ou à la course à pied… bref, selon toute vraisemblance, elles ne représentent pas l’opinion collective des élèves qui assistent au cours.

Les informations mises en ligne présentent donc un caractère personnel et équivoque, deux raison qui – au regard de l’article 40 de la loi de 1978 – justifient un retrait total.

Sauf à mettre en place une procédure lourde d’enregistrement et de vérification d’identité, à l’égard de mineurs qui plus est, le site ne pourra jamais garantir l’authenticité des informations qu’il publie.

A supposer même qu’à l’avenir chaque enseignant concerné obtienne la suppression immédiate des données le concernant (c’est une promesse de l’éditeur), celles qui subsisteront – qu’il faut considérer comme des informations diffusées dans le grand public – conserveront ce caractère équivoque. Leur concentration sur un site unique, dédié à la notation des professeurs porte incontestablement préjudice à ces derniers.

Comme le dit fort justement le gérant du site : sans ces informations le site perd tout intérêt. Note2be.com a vécu. Au moins sous sa forme actuelle.

Le faux problème de la liberté d’expression

Que note2be.com se passe en bandoulière le principe de la liberté d’expression pour sauver son petit commerce est une chose, qu’en vertu de ce principe on mette à mal le nécessaire besoin de sérénité et d’anonymat relatif des enseignants en est une autre.

Convenons d’abord que les élèves qui ont envie de noter un professeur sont plutôt ceux qui en pensent beaucoup de bien ou beaucoup de mal, de sorte que le marais des élèves ne se prononce pas. Relevons ensuite qu’il n’est pas plus juste de porter aux nues un professeur qu’on « kiffe » que de lui promettre la roche Tarpéienne pour un avertissement la semaine d’après.

Doit-on pour autant interdire note2be.com .. au risque d’écorner le principe de liberté d’expression ?

Ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause ! Les élèves et les étudiants constituent des blogs sur lesquels ils échangent parfois des propos peu amènes sur leurs enseignants, les forums de chat de certaines grandes radios pour ados regorgent d’appréciations diverses, zoologiques voir scatologiques sur certains professeurs. Parfois – rarement – lorsque nous considérons que ces propos constituent les infractions de diffamation ou d’injure, nous saisissons la juridiction compétente pour obtenir une condamnation de principe. Mais dans tous les autres cas notre analyse juridique nous incite à considérer que ce merveilleux principe de liberté est mal utilisé … et c’est tout. Oui, tout un chacun a le droit de s’exprimer dans notre pays, y compris pour dire une ânerie !

Note2be .com se propose de compiler des commentaires, des règlements de compte et des âneries pour en faire un quasi instrument statistique (avec un top 10 et un top 50 .. et pourquoi pas un concours de tee-shirts mouillés ?), c’est là qu’est l’os. S’exprimer oui, mais que le propos soit personnel. Critiquer, admettons mais sans institutionnaliser cette expression souvent abrupte ou émise ab irato.

Les élèves et les étudiants doivent s’exprimer librement, ils doivent apprendre à le faire. Nous devons les aider, nous parents, enseignants, professionnels de toutes les professions …

Déjouer le piège de la communication

Nous devons également apprendre à ceux qui nous suivent à déjouer les pièges de la communication. Ah la communication ! L’époque est à l’évaluation : notez les jeunes artistes de la Star’Ac, regardez la soirée des 100 meilleures bourdes-chutes-chansons-navets avec compte à rebours intégré, évaluez les prétendants et banissez de l’île sont qui sont les plus gentils-discrets-sincères au profit des plus musclés-goujats-érotomanes-bas-de-plafond.

Et pourquoi pas les professeurs ?

Attention au piège qui consisterait à formuler une contre-argumentation purement juridique. Une bonne ordonnance de référé bien motivée ne fait pas le poids contre une opération de marketing bien menée. Les jeunes internautes vont lire que les juges (juges enseignants même combat !) leur interdisent quelque chose ! Prenons nos bâtons de pèlerin pour leur expliquer qu’il n’en est rien.

Note2be.com est surtout un bel exemple de « buzz » médiatique monté de toutes pièces. Nous ne pouvons croire un seul instant que la société éditrice ignorait qu’elle allait tout droit à a procédure et à la première page des journaux. Sa notoriété de société-qui-met-les-pieds-dans-le-plat-et-qui-ose-là-où-les-autres-n’osent-pas est désormais mieux établie  que via un coûteux plan de communication (qu’elle se dépêche toutefois, une société concurrente vient de lancer note2bib.com .. pour évaluer les médecins).

En évaluant objectivement un professeur sur le site – beaucoup l’ont fait dans cet état d’esprit – l’élève internaute n’a pas compris qu’il était instrumentalisé, qu’en fait il ne disait ni bien ni mal de son professeur, qu’en fait il ne disait rien de plus que ce qu’il écrit sur un blog, sans même avoir une meilleure audience.

Ce qui est donc illégal, certainement illégal, c’est le fait de combiner une notation dépourvue de toute légitimité avec un forum qui tourne à l’explication de texte pour la note enregistrée, le tout sur un site unique, concentrant ces informations sans les analyser, et mettant en ligne les coordonnées des enseignants.

Mais ce qu’il faut dire et écrire c’est qu’il ne s’agit pas d’empêcher les élèves d’écrire et de s’exprimer, même pour évaluer ! Qu’au moins ils ne se laissent pas déposséder de l’instrumentum ! Nous avons plus d’indulgence pour un blog qui comporte des propos un peu rugueux pour un enseignant que pour le projet note2be : l’un est une vraie tentative de communication, l’autre un projet de surf médiatique.

Voilà un sujet en or à aborder dans toutes les classes, avec une modération par l’enseignant : que note2be permettent aux uns et autres de dire ce que représente pour eux la liberté d’expression.. et sa courte existence n’aura pas été vaine. Il ne faut pas éviter le sujet, il faut le prendre de front.

Récemment invités à nous exprimer devant un parterre d’élèves sur le sujet, nous avons annoncé avec beaucoup de sérieux qu’un projet était à l’étude : le site « note2educ.com » permettant aux enseignants de mettre en ligne les notes de leurs élèves et leurs appréciations sur iceux mais que cela évidemment « posait des problèmes de confidentialité ». Le tollé général des lycéens – pas dupes - a dégénéré en fou-rire éponyme, chacun imaginant la tête de son voisin à la lecture de ses propres notes.

A cet auditoire-là, il n’a pas été difficile de faire comprendre que note2be ne méritait d’autre sort que celui qui lui est promis. Et que la liberté d’expression s’en remettrait très bien.

 
Lundi 18 février 2008

Responsabilité professionnelle
un développement significatif et préoccupant

La responsabilité professionnelle, tous métiers confondus, constitue un domaine d'intervention privilégié pour SPPSAvocats.
Ci-dessous quelques mots pour réagir à la médiatisation croissante des dernières affaires de responsabilité professionnelle vues ou lues dans la presse.

L'actualité des dernières semaines a montré à quel point le développement des responsabilités professionnelles est un phénomène marquant et récurrent qui caractérise notre société civile : mise en cause des pratiques d'un radiologue dans le Nord, procès de l'hormone de croissance, multiplesaffaires mettant en cause des enseignants (qu'ils soient  victimes ou mis en cause à titre personnel d'ailleurs)...

Cette évolution s'accompagne toujours d'une surmédiatisation sans nuance qui cloue au pilori le professionnel de santé ou l'enseignant en empêchant qu'un véritable débat s'instaure sur la problématique qui sous-tend l'évènement : la gifle de l'enseignant couvre toute la largeur de la page du journal : plus de place pour parler du problème de fond qu'est la détérioration effarante de l'autorité en milieu scolaire; la suspension d'un radiologue prétenduement inconséquent occulte un nécessaire débat sur
la paupérisation médicale notamment au nord de Paris...

Dans le domaine des responsabilités professionnelles, le débat juridique et judiciaire est toujours technique. Les échanges d'arguments - entre les parties, avec le Parquet - sont nécessairement longs et subtils. Cette complexité consubstantielle à la matière se marie mal avec l'immédiateté spectaculaire qui plait tant à nos media. Le professionnel même s'il démarre vite, même s'il communique tout de suite, a une longueur de retard  dans le premier virage: il ne peut pas accuser, affirmer de façon péremptoire ou simplifier sa position.

Notre tâche est donc de gérer le problème juridique, la procédure judiciaire mais aussi la sérénade médiatique. C'est une tâche nouvelle mais passionnante :
rendre audible un professionnel mis en cause, qu'on fait parler mais qu'on n'entend pas..

Nous avons développé un savoir-faire dans ce domaine. Et personne ne le sait. Heureusement d'ailleurs :
notre rôle est de faire en sorte qu'on ne se souvienne pas de nos clients!


Lundi 7 janvier 2008

Les effets juridiques de la perte de chance : uniformisation des jurisprudences
Dans un arrêt très attendu, le Conseil d'Etat modifie sa jurisprudence sur la perte de chance en matière de responsabilité médicale. Il considérait jusqu'à présent qu'une causalité même partielle entre un fait générateur fautif et le préjudice subi par la victime justifiait l'indemnisation intégrale de cette dernière (hors le cas d'un défaut d'information). Il considére désormais que cette causalité partielle doit entraîner une indemnisation partielle. 

Dans un arrêt du 21 décembre 2007 le Conseil d'Etat a jugé comme suit :

"Considérant toutefois que, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu, que la réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de la perte de chance perdue

La jurisprudence du Conseil d'Etat rejoint donc celle de la Cour de Cassation et il faut reconnaître que cette divergence majeure de jurisprudence - alors que les principes de responsabilité médicale sont désormais fixés par un texte commun - faisait un peu désordre. Il reste d'autres divergences : l'indemnisation de la  part physiologique du préjudice subi durant la période d'ITT (ou DFT désormais) par exemple, les survivances de la jurisprudence BIANCHI également. Mais grosso modo, les modes d'indemnisation des deux ordres de juridiction se sont fortement rapprochés.

Pour les praticiens du droit médical, cette évolution du droit comporte deux implications immédiates:

- il nous faut reprendre tous les dossiers en cours dans lesquels la notion de perte de chance n'a pas été évoquée dans les mémoires en défense alors qu'il n'existait objectivement qu'une causalité partielle entre les soins dispensés et l'état résiduel du patient (dans certaines procédures, les experts judiciaires ont même évoqué cette notion de perte de chance sans savoir qu'elle n'était pas susceptible d'être reçue par la juridiction!). Il est indispensable de reprendre l'argumentation développée par écrit en introduisant  cette nouvelle jurisprudence qui est par nature d'application immédiate.

- au cours des réunions d'expertise judiciaire à venir, il faudra insister avec force auprès de ces mêmes experts judiciaires à chaque fois que la notion de perte de chance est susceptible de s'appliquer. Les experts ont en effet un peu de mal à manier cette notion et nous avions, nous avocats, "perdu l'habitude" d'en décrire la  nature et les conditions d'application puisqu'elle n'était pas retenue par les juridictions administratives (hors le cas de défaut d'information). Cet interventionnisme est d'autant plus important que la quantification de la perte de chance reste largement empirique. Ce sont souvent les arguments les mieux étayés - et exposés devant les experts - qui l'emportent en la matière.


Lundi 31 décembre 2007


Le temps passe (inaperçu) de plus en plus vite
C'est une théorie dérangeante et je la lance à cheval sur 2007 et 2008 (ma fille me dit que c'est l'expression maladroite d'une angoisse existentielle) : le temps passe de plus en plus vite et, pour peu qu'on s'en donne la peine ce raccourcissement saisissant peut se mesurer. J'y ai consacré quelques nuits angoissées (ma fille a peut-être raison finalement). Je dirais - et j'ai conscience que ce calcul est approximatif - qu'en 2007 les minutes se sont contractées en n'ont duré en moyenne que 50 secondes. En 2008, nous pourrions descendre à 47- 48 secondes. Ca fait peur non?

Inutile de régler nos montres : elles nous feront toujours de bonnes grosses minutes de 60 secondes: elles ne savent rien de cette contraction du temps. Evidemment, vous voulez des preuves. Elles sont autour de vous ! Nos enfants sont plus vieux plus jeunes, les fleurs tiennent plus longtemps dans leur vase, les records de plongée en apnée sont régulièrement battus, les oeufs à la coque sont de plus en plus liquides et je n'arrive pas à me mettre à jour dans mon courrier! Quand je disais que ça fait peur!

Pardon de vous infliger cette révélation aux conséquences vertigineuses alors qu'il vous faut déjà encaisser le blues du Réveillon. Mon patron disait : ne jamais exposer un problème sans esquisser une solution.

J'esquisse.

Je travaille sur un truc de fou.
C'est confidentiel. Ca s'appellera le GRE (Global Ralentissement of Emmerdements). Trés prometteur : ça compensera l'accélération du temps sans faire diminuer le nombre de dossiers pour les avocats. Si ça vous intéresse prenez contact avant la fin de l'année (qui, selon mes calculs, se terminera le 20 septembre faites gaffe!). Bonne année à tous.

Vendredi 14 décembre 2007

La courte histoire
d'un contrat de travail ..
 
  
Introduit dans notre droit par une circulaire du 2 août 2005 (ord. n° 2005-893), le contrat nouvelles embauches (CNE) est (était !?) un contrat à durée indéterminée d’un type particulier : ce contrat peut en effet, durant les deux premières années, être rompu par l'employeur sans motif et par simple lettre recommandée en offrant en contrepartie au salarié une indemnité équivalente à 8% de la rémunération brute perçue depuis la conclusion du contrat… (un salarié en CDI n’a droit normalement à une indemnité de licenciement qu’après 2 ans d’ancienneté)

À cette indemnité versée au salarié s'ajoute une contribution de l'employeur, égale à 2 % de la rémunération brute due au salarié depuis le début du contrat. Cette contribution est recouvrée par les Assédic. Elle est destinée à financer les actions d'accompagnement renforcé en vue du retour à l'emploi du salarié.

Le CNE est ainsi soumis aux dispositions du Code du travail, à l'exception, pendant les deux premières années courant à compter de la date de sa conclusion, de celles relatives à la rupture du contrat (exception faite notamment de celles relatives à la discrimination ou à l’inaptitude). Après ces 2 ans de consolidation (ou avant cette date par voie d’avenant), le CNE se transforme en CDI classique.

En effet, le 14 novembre 2007, le conseil d'administration du Bureau international du travail (BIT) a adopté un rapport concluant à la non-conformité du CNE avec la convention n° 158 sur le licenciement. Le BIT se fonde sur 2 éléments pour conclure à la non-conformité du CNE ;

D'une part la période de consolidation de 2 ans ne lui est pas apparue comme constituant un délai raisonnable. Ainsi, le BIT note qu'au regard de la jurisprudence française, en particulier celle de la Cour de cassation, la durée normalement considérée comme raisonnable de la période d'ancienneté requise n'excède pas 6 mois ;

D'autre part, le BIT estime que l'ordonnance qui crée le CNE s'éloigne de manière significative des prescriptions de l'article 4 de la convention n° 158, qui impose un motif valable de licenciement. Le conseil d'administration du BIT invite donc le gouvernement, en consultation avec les partenaires sociaux, à assurer que les CNE ne puissent en aucun cas être rompus en l'absence d'un motif valable.

Alors, « Feu » le CNE ? Avant de répondre à cette question, il faut reconnaître que la première justification laisse perplexe. En effet, la période de consolidation de deux ans ne peut réellement s’analyser en une période d’essai. La Cour de cassation vient de le rappeler encore récemment, la période d’essai doit avoir pour objet de permettre à l'employeur d'apprécier la valeur professionnelle du salarié (Cassation Sociale 20 nov. 2007, n° 06-41.212). La période de consolidation a une vocation toute autre et beaucoup plus large. Cette période devait en effet permettre aux entreprises de moins de 20 salariés de s’assurer que leur projet était vivable. Eu égard au coût d’un recrutement (formation, charges sociales…), à l’incertitude quant à leur situation économique (1 PME sur 2 ne survit pas plus de 5ans), recruter constitue toujours un risque pour une PME. Le but du CNE était justement d’encourager ces petites entreprises à recruter en leur permettant notamment de s’assurer qu’elles pouvaient en assumer le coût. On ne peut pas donc, à proprement parler, comparer cette période avec la période d’essai classique dont l’objectif est beaucoup plus restreint.

Toutefois, prenons acte de ce que cette période de deux ans « d’essai » apparaît trop longue au BIT… Le régime du CNE serait alors calqué sur celui du CDI. Rupture sans justification les 6 premiers mois puis avec motivation. Mais alors, peut-on continuer de rompre ce contrat en se fondant (implicitement) sur la non-viabilité économique du projet ou déguiser de façon jésuitique ce motif en « appréciation de la valeur professionnelle du salarié » ?

Quant à l’exigence de motivation, rappelons déjà que si l’employeur veut rompre ce contrat pour faute grave, il doit respecter la procédure de rupture pour motif disciplinaire. Finalement, le « petit entrepreneur » n’était dispensé de procédure de rupture qu’en cas d’inadéquation personnelle du salarié au poste, ou de non viabilité économique du projet.

Ainsi, il semble qu’il reste possible d’utiliser ce contrat et de le rompre avec motivation (mais cette motivation est-elle nécessaire seulement après les 6 mois correspondant à la durée usuelle de la période d’essai ??) tout en évitant de respecter les procédures de rupture, notamment économique.

Mais finalement, cette maigre différence, si tant est qu’elle se confirme, peut priver d’intérêt le recours au CNE… Le fait de se passer d’une procédure de rupture vaut-il 10 % des rémunérations brutes versées au salarié ? De même, le flou à la Maurice DENIS entourant le régime juridique du CNE ne doit-il pas pousser le praticien à la méfiance ?

Finalement, même si juridiquement le CNE respire encore, il est probable qu’eu égard au faible intérêt économique et pratique qu’il offre, il ne devienne rapidement un fantôme juridique…



vendredi 23 novembre 2007

Bloguez, bloguez..
Sur invitation de la Fédération des Autonomes de Solidarité Laïque, nous avons animé le 23 novembre 2007 une conférence consacrée au phénomène des blogs dans les établissement scolaires et ce dans le cadre du Salon de l'Education organisé Porte de Versailles..

Le sujet est d'actualité : nous avons eu à connaître d'une dizaine de dossiers dans lesquels des enseignants étaient brocardés et parfois insultés dans des blogs mis en ligne par certains élèves. Le choc peut être grand pour le professeur : photographies prises en classe, commentaires peu amènes sur le physique, insinuations franchement déplacées sur l'orientation sexuelle. Tout y passe.

Nous avons étudié le régime juridique du blog,
 Pour lire la suite...



Cette insupportable violence!
Le 21 novembre une enseignante du Nord a été agressée dans des conditions extrêmement violentes par l'un de ses élèves : une grêle de coups de poing qui l'envoie pour quelques heures à l'hôpital. Les faits se déroulent en classe devant tous les élèves.

La machine médiatique se met en route : annonces sur France Info (le journaliste évoque "des coups de pied au visage"), les flashes s'allongent et se dramatisent à chaque heure qui passe. Le Président de la République appelle ("il est doux" dit l'enseignante). Le ministre de l'Education Nationale passe ("il est simple" dit l'enseignante) et l'auteur des faits est incarcéré. C'est presque instantané et presque rassurant.

Pour lire la suite...


dimanche 28 octobre 2007

On vit une époque formidable!

Alors que la France a connu un avant-goût de paralysie générale pour cause de réforme des régimes spéciaux de retraite (et on remet ça dès la mi-novembre..), la réforme de la carte judiciaire va bon train. Pour amadouer ceux de nos confrères qui verraient leur juridiction disparaître, notre ministre a proposé de mettre en place spécialement pour eux un régime de retraite  ... à 55 ans. 

Si les bras ne m'en étaient tombés, j'écrirais ceci :
Pour lire la suite...


Dimanche 21 octobre 2007

Le choix de la musique d'attente
Dans la mosaïque des post-it multicolores qui me suggère - quand je rentre d'audience - qu'un ascendant de mon assistante a du être passablement intime avec Mondrian,j'en remarque un - un jour - qui comporte un message inhabituel : "appel de [telle compagnie d'assurance] pour un nouveau dossier et bravo pour sandinista!" ..

[Sandinista! : triple album vinyle du Clash datant de 1980, composé en hommage à la guerilla nicaraguayenne et dont le produit a - selon une rumeur qui courait à l'époque dans nos lycées - contribué au financement de cette dernière. J'en profite pour rappeler la mémoire de Joe Strummer, chanteur du Clash et trop vite disparu (crise cardiaque alors qu'il promenait son chien .. bon .. tout fout le camp)]
Pour lire la suite...


dimanche 2 juillet 2007

Le règne despotique du simili-contrat
Lorsque nous étions sur les bancs de la faculté de droit (si souvenez-vous nous fîmes des études tout au début ..) nous célébrions, notamment en deuxième année au titre de la "théorie des obligations", (pour ceux qui étaient surtout spécialisés en séance de cinéma viens-de-toute-façon-c'est-chiant-et-j'ai-une-copine-qui-écrit-superbien) l'autonomie de la volonté, la force obligatoire du contrat et les conventions légalement formées qui tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
Pour lire la suite...
 
dimanche 2 juillet 2007

Le règne despotique du simili-contrat
Lorsque nous étions sur les bancs de la faculté de droit (si souvenez-vous nous fîmes des études tout au début ..) nous célébrions, notamment en deuxième année au titre de la "théorie des obligations", (pour ceux qui étaient surtout spécialisés en séance de cinéma viens-de-toute-façon-c'est-chiant-et-j'ai-une-copine-qui-écrit-superbien) l'autonomie de la volonté, la force obligatoire du contrat et les conventions légalement formées qui tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.

Il y avait bien un ou deux professeurs qui évoquaient "la menace des contrats d'adhésion et le déclin des contrats sui generis" (cours de M. Boulanger 13 février 1982, amphi B, j'étais assis à côté de Monique) mais même pour les étudiants en droit cette expression évoquait plus les formulaires France-Loisir que la mort de l'article 1134 du Code Civil.

Notre entrée dans la vie active nous a dessillé : même en matière commerciale, les contrats sont formatés, rédigés par les forts et maudits par les petits.

L'activité juridique et son cortége législatif et réglementaire impératif a multiplié les formulaires d'adhésion et définitivement étouffé toute manifestation de volonté des parties, tarissant par là même leur capacité à créer des contrat nouveaux et originaux.

Puisque l'échange de volontés (libres et éclairées) ne présidait plus à la naissance du contrat, sa validité et son exécution échappaient également au contrôle des cocontractants.

Le contrat - comme catégorie juridique pure - s'est effacé dans la seconde moitié du siècle dernier, la place manque ici pour en donner suffisamment d'exemples. Contentez-vous de prendre un abonnement téléphone mobile et rappelez-moi (après 20h et si nous sommes sur le même opérateur c'est moins cher).

Le contrat a disparu dans le gouffre sans fond du consumérisme élargi ..d 'où monte aujourd'hui un nouveau melmoth contractuel (comme disait Alfred de Vigny qui n'avait pas fait d'études juridiques).

Cette nouvelle version du contrat est véritablement monstrueuse : il y a quelquestemps, notre premier ministre a invité les préfets a signé des contrats avec les grandes entreprises pour qu'elle évite les plans sociaux, tel établissement public passe un contrat avec un syndicat pour améliorer l'absentéisme (ce qui semble vouloir dire qu'il va diminuer) .. A tous étages de notre société ces contrats nous infectent : contrat d'objectifs, contrat de plan, contrat pour réhabiliter, contrat pour ne pas dégrader, contrat pour laisser tranquille, contrat pour développer, contrat pour ne pas développer trop, contrat de plan, contrat planplan, contrat cadre, contrat à encadrer, contrat d'objectif .. et contrat pour zoomer sur notre incapacité à contracter comme avant.

Ces nouveaux contrats en effet ont deux caractéristiques :
  • ils sont passés entre l'état, des entités publiques ou parapubliques et le milieu associatif, des regroupements de, des collectifs qui ... Ils sont totalement dépourvus d'intuitu personae, ils ne sont pas susceptibles d'être exécutés puisque les engagement sont flous, leur non respect n'est pas sanctionné. Leur légitimité est médiatique. Et leur pouvoir est despotique.

    Impossible de les discuter, de les démolir, ils ne sont pas faits pour résister à l'inexécution. Impossible de les exécuter, ils n'engagent à rien.

    Encore un exemple, figaro-ci, figaro-là. Tel commissariat passe un contrat avec une association : on vous emmène à la plage et vous ne cassez rien cet été.

    Soit mais pourquoi appeler cela un contrat ?

  • les nouveau contrats s'empilent les uns sur les autres, se recoupent et s'annihilent sans que cela gêne quiconque puisque n'ayant plus de force exécutoire ils n'engagent que ceux qui ne les ont pas signés (voilà que je paraphrase Pasqua, ça va finir littéraire).

    Ces contrats ne sont pas à durée déterminée ou indéterminée ( comme tout contrat qui se respecte), ils sont à valeur télégénique variable. Ils sont jugés par tous sauf par les juges. Et ils ne sont jamais rédigés par des avocats (je suis vert rien que pour ça). Rendez moi mes contrats d'antan, ceux que je relisais en tenant Monique par la main en amphi, ceux qui faisaient la loi des parties et qui ressemblaient chacun à une petite Constitution.
Et si c'est pas possible... rendez moi Monique.
Dimanche 21 octobre 2007

Le choix de la musique d'attente
Dans la mosaïque des post-it multicolores qui me suggère - quand je rentre d'audience - qu'un ascendant de mon assistante a du être passablement intime avec Mondrian,j'en remarque un - un jour - qui comporte un message inhabituel : "appel de [telle compagnie d'assurance] pour un nouveau dossier et bravo pour sandinista!" ..

[Sandinista! : triple album vinyle du Clash datant de 1980, composé en hommage à la guerilla nicaraguayenne et dont le produit a - selon une rumeur qui courait à l'époque dans nos lycées - contribué au financement de cette dernière. J'en profite pour rappeler la mémoire de Joe Strummer, chanteur du Clash et trop vite disparu (crise cardiaque alors qu'il promenait son chien .. bon .. tout fout le camp)]

Bref.

Télescopage d'informations sensibles. D'abord un nouveau dossier. Ensuite référence à Sandinista!  Et quel est le lien entre SPPSAvocats, société d'avocats raisonnablement conservato-progressiste et l'hymne révolutionnaire post-punk et pré-rap du Clash?

La musique d'attente.


Alors que j'étais simple collaborateur (dans le même cabinet), je vins nuitamment au secrétariat avec un lecteur CD et le câble idoine dans le dessein de changer la musique d'attente. Il faut dire que j'en avais plus qu'assez du Rondo Veneziano et de sa théorie selon laquelle Vivaldi a composé les quatre saisons pour une fanfare belge.

Mon premier enregistrement fut un hommage au groupe Yes : toute personne mise en attente au cabinet eut droit aux premières notes de "Going for the One". Un désastre. Certains clients évoquèrent en plaisantant "une musique de singe", d'autres (plus jeunes) "une musique de bab". L'un d'eux évoqua même un groupe de castrats britanniques. Je tins bon (Ten CC ; Yellow ; Dépêche Mode ; Peter Gabriel ..). Au fil des ans, les chefs d'entreprise, responsables de compagnies d'assurance et autres décideurs de tout poil s'habituèrent à attendre au téléphone la musique qui s'échappait par éclats des chambres de leurs propres enfants.

Et puis un jour Sandinista!

J'appelle bien sûr ma correspondante de [une certaine compagnie d'assurance] et nous découvrons que nous sommes allés aux mêmes concerts (Clash Paris et Lille 1981 avec Joe Strummer qui se jette dans la foule, Queen pour le Bicycle Tour, Status Quo, Deep Purple, Manfred Mann et j'en passe.. vous y étiez vous?), que nous écoutions et écoutons les mêmes disques, bref, que nous sommes de la même génération ...

Les gens de mon âge sont devenus les décideurs! Ma musique d'attente veut enfin dire quelque chose! C'est un signe de ralliement, une bouffée de nostalgie, un message subliminal : confiez-moi vos dossiers, nous allons bien nous entendre.

J'entre dans ma bonne décennie : notre génération est au pouvoir.

Mais déjà, j'attends avec impatience - et je redoute aussi - le jour où je découvrirai qu'un collaborateur aux dents longues a changé ma musique d'attente.

Le pire est que Rondo Veneziano sera peut-être de nouveau à la mode.
dimanche 28 octobre 2007

On vit une époque formidable!

Alors que la France a connu un avant-goût de paralysie générale pour cause de réforme des régimes spéciaux de retraite (et on remet ça dès la mi-novembre..), la réforme de la carte judiciaire va bon train. Pour amadouer ceux de nos confrères qui verraient leur juridiction disparaître, notre ministre a proposé de mettre en place spécialement pour eux un régime de retraite ... à 55 ans.

Si les bras ne m'en étaient tombés, j'écrirais ceci :

- c'est bien un travers de nos gouvernants que de vouloir faire un grande réforme "la même retraite pour tous" tout en sortant un nouveau régime spécial pour calmer une situation de conflit qui prive ladite réforme globale de toute légitimité : ayons des principes mais oublions-les en fonction des contingences!

- merci pour ces confrères dont l'exercice professionel est bien sombre (sans tribunal, on a beau dire, c'est plus difficile de plaider) puisque leur seul message de consolation est gouvernemental: vous ne pourrez plus exercer correctement votre métier, ce n'est pas grave nous vous offrons de l'exercer moins longtemps !

Sombrons dans le politiquement incorrect
: mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous à vouloir nous récompenser en raccourcissant notre vie active, la vraie vie, cette période pendant laquelle on se fabrique les souvenirs qu'on évoquera après la retraite? Je suis avocat de jour, de nuit et entre deux. Que voulez vous que je fasse d'autre à 55 ans? Retraite, où est ta victoire? Et tout cela nous est proposé par un personnel politique qui commence à vivre vraiment à la soixantaine!

C'est à ça que je pensais en attendant plus de 2 heures un TGV qui me met habituellement à 60 minutes de Paris : au temps qui passe, et à la vie aussi.Ne laisser personne décider à notre place la durée de notre vie active. Ne pas penser que la retraite est un havre de félicité qui vaut tous les sacrifices. C'est maintenant qu'il faut saisir le bonheur et l'action. Il n'y a pas d'après qui tienne.

Cette insupportable violence!
Le 21 novembre une enseignante du Nord a été agressée dans des conditions extrêmement violentes par l'un de ses élèves : une grêle de coups de poing qui l'envoie pour quelques heures à l'hôpital. Les faits se déroulent en classe devant tous les élèves.

La machine médiatique se met en route : annonces sur France Info (le journaliste évoque "des coups de pied au visage"), les flashes s'allongent et se dramatisent à chaque heure qui passe. Le Président de la République appelle ("il est doux" dit l'enseignante). Le ministre de l'Education Nationale passe ("il est simple" dit l'enseignante) et l'auteur des faits est incarcéré. C'est presque instantané et presque rassurant.

Ecoutons la victime, interrogée par la Voix du Nord (et par un journaliste digne de ce nom qui prend un peu de distance et laisse parler):

"Je ne suis pas (..) insensible à l’appel du Président, mais c’est bizarre, comme cela, d’être à la fois victime et considérée d’un coup comme l’égérie de l’Éducation nationale, alors que les événements que j’ai vécus sont quand même dus à une situation d’échec (..) Ce soir j’ai été choquée d’entendre mon nom lancé comme cela à la radio. J’ai accepté une seule interview à une radio, en me disant qu’une seule suffisait. Mais je me suis entendue aussi au journal télévisé, alors que je ne leur ai pas parlé. RTL m’a même proposé de participer à une émission demain matin, répondre aux auditeurs. C’est au-dessus de mes forces, et pour quoi faire ?"

"Et pour quoi faire?" demande-t-elle. Voilà une question bien posée et qui résonne douloureusement aux oreilles. A quoi rime cet emballement médiatique manichéeen? Un élève a frappé. Son comportement violent est absolument inadmissible, mérite une sanction, justifie un emprisonnement provisoire, implique une réflexion, une remise en question collective. Soit.

Mais quoi? Le Président? Le Ministre? Toute la presse? Aussi vite, aussi fort, aussi péremptoire? Et aussi court? Trois jours après les faits, on n'en parle plus nulle part sauf ici. On en reparlera lorsque le mineur comparaîtra en justice et encore. Ce conditionnement politico-médiatique est une catastrophe!

Notre cabinet défend habituellement les enseignants. Nous suivons actuellement deux dossiers récents de violence sur professeur exactement similaires à celui qui vient d'être évoqué. Rien dans la presse, même régionale. Dossiers à l'instruction. Enseignants blessés et traumatisés, qui se reconstruisent. Qui parlent, qui recommencent à travailler. Accompagnement de longue haleine. Chacun y met du sien. Et cette reconstruction ne passe pas par la haine de l'autre.

Le traitement brutal de l'information, sa montée en puissance immédiate laisse supposer au grand public que l'agression spécifiquement commise le 21 novembre est très exceptionnelle (on ne fait la une qu'avec du "spectaculaire rare" sinon n'est-ce pas, à quoi bon..). Or cette supposition est fausse. Les comportements violents sont réguliers dans les établissements scolaires, dans ceux qui ont bonne comme dans ceux qui ont mauvaise réputation. En traiter un avec la grosse artillerie compassionnelle, c'est occulter tous les autres. Si le Président n'a pas appelé, c'est que c'est moins grave (qu'est-ce que je réponds à ça moi?). Et puisque le Président a appelé c'est fini ( d'ailleurs jusqu'à présent pas d'annonce sur un énième renforcement de la législation à-l'égard-de-ceux-qui-ont-disjoncté-au-cours-de-la-semaine)..

Non ce n'est pas fini! Ni pour cette enseignante-là, ni pour tous les autres qui ont repris les cours le lendemain.

Ce que je lis entre les lignes dans l'interview du professeur, ce que je sens monter chez elle, c'est un bon gros sentiment de culpabilité : on a ultra-médiatisé ce qui est pour elle une situation d'échec. Elle n'avait pas besoin de l'appel du Président. C'est too much l'appel du Président. Elle a besoin d'une main dans la sienne et d'une voix, de cent voix qui lui expliquent qu'elle n'y est pour rien, que cette violence ne se prévoit pas toujours, que son irruption ne signe pas son échec à elle mais notre échec à tous, que nous allons travailler encore, à cause d'elle et pour tous les autres, pour venir à bout de cette satanée violence.

Et ces voix doivent être plus ou moins anonymes : ses collègues, ses parents d'élèves, nous les professionnels. Bref des pas-Président.

Ni elle ni nous n'avions besoin d'un coup de fil du Président. Parce qu'il ne fera rien à notre place. Nous devons parler encore et plus de la violence à l'école, la traiter, la maltraiter et l'éradiquer finalement. Un peu tous les jours. Pas une fois l'an.

A propos M. le Président, il y a dans cette histoire un gamin, un sale gamin, affreux et méchant, qui a fait la connerie de sa vie et que sa connerie poursuivra longtemps. Il aurait bien besoin d'un coup de fil lui aussi. Chiche?

vendredi 23 novembre 2007

Bloguez, bloguez..
Sur invitation de la Fédération des Autonomes de Solidarité Laïque, nous avons animé le 23 novembre 2007 une conférence consacrée au phénomène des blogs dans les établissement scolaires et ce dans le cadre du Salon de l'Education organisé Porte de Versailles..

Le sujet est d'actualité : nous avons eu à connaître d'une dizaine de dossiers dans lesquels des enseignants étaient brocardés et parfois insultés dans des blogs mis en ligne par certains élèves. Le choc peut être grand pour le professeur : photographies prises en classe, commentaires peu amènes sur le physique, insinuations franchement déplacées sur l'orientation sexuelle. Tout y passe.

Nous avons étudié le régime juridique du blog, au regard notamment de la loi LCEN du 21 juin 2006, présenté les moyens d'action à la disposition des enseignants pour faire cesser l'exploitation de leur image ou obtenir la mise hors ligne de commentaires dégradants.

Dans tous les dossiers évoqués ci-dessus, l'auteur du blog a été identifié et le service interrompu quasiment sans délai: contrairement à une idée répandue, l'anonymat n'existe pas sur internet..

Mais la réponse de l'enseignant ne peut se contenter d'être répressive dans ce type de situation. De tout - et même du pire - faisons un carburant pédagogique: bon nombre d'élèves animateurs de ces blogs ignoraient totalement l'audience de leur prose, les risques encourus.. et ne soupçonnaient pas le désarroi de leur professeur. Nous avons donc proposé la mise en place d'un "kit pédagogique" utilisable par l'enseignant qui veut sensibiliser ses classes aux risques et implications de la mise en place d'un blog ou de toute communication sur internet.

Si vous-même êtes intéressés par le contenu de cette conférence et/ou le kit pédagogique, n'hésitez pas à nous contacter


(c) 2008 - SPPS 3, rue du Palais de Justice 59000 LILLE France / Tél.: (33) 0.320.067.660  | Site édité par http://www.3minutes.fr * |